Elizabeth P.

Gare à Lou !
19,00
11 mai 2019

Ces derniers temps, je m’étais un peu lassée du style de Jean Teulé et n’ai d’ailleurs pas lu « Héloïse ouille », ni « Entrez dans la danse ». Je viens de lire « Gare à Lou », et alors là, super bonne surprise. J’ai beaucoup aimé, ça m’a fait penser à un de mes préférés, « L’œil de Pâques »
Ici, il ne reprend pas un personnage historique, mais nous offre un roman de pure fiction. Une fillette de treize ans, pas très bien intégrée dans son collège, se voit posséder un super pouvoir : quand elle souhaite du mal à quelqu’un, ça se produit.
Et la voilà embringuée dans une affaire d’État, au sens propre du terme.
Une histoire pleine d’imagination, dans les faits, dans les décors, dans les personnages. Pleine d’extravagance. Pleine de poésie.
J’ai adoré le « bar des sanglots » où les clients, se voient servir des « peines infinies », des « inconsolables », des « secousses nerveuses »
Et aussi le palais présidentiel en boule à neige. Et plein d’autres choses encore. C’est déjanté à souhait et j’ai pris un grand plaisir à cette lecture.

Dragons

Éditions de L'Olivier

20,30
6 mai 2019

Quel roman étrange et envoûtant. En Bretagne, sur l’île de Bréhat, une légende dit qu’un moine terrassa un dragon.
Pascale, depuis l’enfance, a des visions et souffre de narcolepsie.
Georges, lui, fait chaque nuit toujours le même cauchemar qui le laisse dans une grande tristesse.
Ils s’épaulent l’un l’autre avec tendresse.
Ils se rendent quelques jours à Bréhat où leur originalité atteint son paroxysme.
Quelque temps plus tard, Pascale décide d’y retourner pour les vacances de la Toussaint et ils invitent deux couples d’amis à venir avec eux.
Dans un climat étrange, chacun plonge dans ses propres obsessions, dans ses rêves ou ses délires.
Une très belle écriture rend avec intensité la magie de la Bretagne légendaire, sauvage et mystérieuse.
Chez les personnages, réel et imaginaire s’entremêlent.
La nature et l’humain s’influencent ou se confondent, créant une ambiance ésotérique qui m’a complètement transportée.
J’ai eu l’impression de vivre un moment loin du monde rationnel, dans une magie ensorcelante.

Vie de ma voisine
5 mai 2019

L’auteur aménage dans un nouvel immeuble et sympathise avec une voisine, Jenny, qui, au fil des jours lui raconte sa vie.
Née en 1926, ses parents étaient des juifs polonais athées, aux idées très larges.
On parcourt ainsi l’Histoire, de 1930 à nos jours.
Jenny a eu une existence très exposée, surtout dans sa jeunesse, mais jamais ne se plaint. C’est une personnalité très attachante.
Certes, tous ces évènements horribles ont déjà été dits et redits, mais en même temps ils ne le seront jamais assez.
Et ils continuent à nous glacer.
Le fait que ce soit un témoignage actuel les rend encore plus poignants.

À la ligne, Feuillets d'usine

Feuillets d'usine

La Table Ronde

18,00
24 avril 2019

Joseph n’a pas retrouvé de poste d’éducateur spécialisé depuis qu’il est en Bretagne. Pour survivre, il enchaîne alors les petits contrats pour une boîte d’intérim. D’abord dans une conserverie de poissons puis dans un abattoir.
C’est incroyable. Tout le livre sans ponctuation, mais écrit d’une manière si aérée, si poétique que la lecture n’en est en rien entravée. C’est très beau.
Et pourtant, le sujet ne prête ni à la légèreté ni à la poésie.
Être employé à la chaine dans une usine, c’est quasiment l’enfer, ça n’a guère évolué, voire pas du tout depuis « Les temps modernes » de Charlie Chaplin, c’est toujours la déshumanisation la plus totale. Et tout ça pour un salaire de misère, avec des cadences infernales et des horaires décalés. Et des millions de gens vivent ça chaque jour !
C’est comme un tour de magie d’avoir pu écrire ce livre d’une manière qui semble si désinvolte, bercé par les poèmes d’Apollinaire…, les chansons de Barbara, de Trenet…
Une belle prouesse offerte par Joseph Ponthus à qui on ne peut que souhaiter de retrouver un poste dans sa branche au plus vite.

Fille de révolutionnaires
24 avril 2019

Pas facile d’être la fille de personnalités connues. Laurence Debray est la fille d'Elizabeth Burgos, engagée politiquement et intellectuellement et de Régis Debray, écrivain, homme politique sous Mitterrand et qui combattit au côté de Che Guevara, de Fidel Castro et fut emprisonné pendant quatre ans.
Dans la première partie du livre, elle tente de reconstituer la vie tumultueuse de ses parents dont ils ne lui ont en fait pas dit grand-chose. Elle a fait beaucoup de recherches, a enquêté, s’est déplacée.
Puis elle parle d’elle. Depuis toute petite, elle s’est sentie en plus, en trop, pas comme les autres enfants.
Heureusement, il y avait ses grands-parents, avocats, qui lui redonnaient un semblant de vie « normale », et les nombreuses relations de ses parents (Signoret, Neruda...) qui l’ont souvent prise en affection.
Elle a du mérite d’avoir écrit tout ça et n’est pas toujours tendre avec ses parents. Mais il est vrai que sa position n’était pas facile. J’ai pensé à Mazarine Pingeot et à ses difficultés d’enfant.
Mais, qu’il s’agisse de la vie de ses parents ou de sa propre vie, ce ne sont pas des existences ordinaires, et elle a su en faire ressortir les multiples facettes. Si la première partie est un peu plus ardue à lire quant aux faits, la seconde partie m’a laissé une impression très sympathique de Laurence Debray.
Pas facile d’être parent, pas facile d’être enfant non plus. Le conflit des générations est bien exprimé.