50 années qui ébranlèrent l'Angleterre, les deux révolutions du XVIIe siècle
EAN13
9782213636375
ISBN
978-2-213-63637-5
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Littérature Française
Nombre de pages
499
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
730 g
Langue
français
Code dewey
941.06
Fiches UNIMARC
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50 années qui ébranlèrent l'Angleterre

les deux révolutions du XVIIe siècle

De

Fayard

Littérature Française

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CHAPITRE PREMIER

Pourquoi la révolution en Angleterre ?

Pour la révolution anglaise qui éclate en 1640, comme pour toutes les grandes ruptures de l'Histoire – Révolution française, Première Guerre mondiale, Révolution russe d'octobre 1917... –, la question lancinante qui se pose est : pourquoi ?

L'homme est ainsi fait, l'historien en particulier, qu'il veut à tout prix trouver une explication à tout. La recherche des « causes » joue donc un rôle essentiel dans l'historiographie de la révolution anglaise, et l'évolution même de cette recherche est instructive. On a, selon les époques, selon les modes intellectuelles dominantes, selon les prises de position idéologiques des uns et des autres, cherché ces « causes » dans l'état de l'économie, des structures sociales, des conditions politiques, des croyances religieuses. Dans le caractère des protagonistes, aussi. Tout cela est défendable. Mais aucune de ces « causes » n'est suffisante à elle seule. Il a fallu la conjonction d'une multitude de facteurs pour déclencher le drame, et aucun ne doit être négligé.

Reste, comme toujours, que le hasard a joué un rôle essentiel – ou, si l'on préfère (c'était l'explication des hommes du XVIIe siècle), la volonté divine. Voire la position des astres dans le zodiaque, comme le pensaient tous ceux, et ils étaient nombreux, qui croyaient à l'astrologie.

À défaut de pouvoir prétendre « expliquer » la révolution ou en découvrir les « causes », nous pouvons tout au moins tenter de décrire le terreau dans lequel ont poussé ses racines.

LE ROI ET SON PARLEMENT

L'aspect premier de la révolution de 1640 est le conflit entre le roi Charles Ier et son Parlement. Il est le détonateur de l'explosion qui, en l'espace de neuf ans, va mettre à bas tout l'édifice constitutionnel de l'Angleterre. Aussi est-il légitime de rechercher les origines de ce conflit, qui était prévisible bien avant la date fatidique du 3 novembre 1640, jour de l'ouverture du Parlement le plus dramatique de l'histoire d'Angleterre, et même avant l'avènement de Charles Ier en 1625.

Comme toutes les monarchies européennes, la monarchie anglaise s'est structurée au Moyen Âge dans le cadre de la société féodale. Conformément aux vieilles coutumes germaniques, les rois réunissaient autour d'eux des assemblées de chefs – on dira plus tard de « barons » – dont ils recevaient conseil pour les grandes décisions à prendre. Ces assemblées pouvaient, dans les moments de crise, s'opposer au souverain, voire le déposer et le remplacer par un autre. En France, le remplacement des Mérovingiens par les Carolingiens, puis l'élection de Hugues Capet contre le dernier Carolingien sont des exemples de ces royautés plus ou moins électives ; l'Angleterre des rois saxons connaît des épisodes comparables.

Mais l'Angleterre subit, aux XIIIe et XIVe siècles, une évolution qui lui est propre. Par suite des maladresses du roi Jean sans Terre et de son fils Henry III, l'assemblée des barons impose au monarque, successivement, la Grande Charte (Magna Carta, 1215) et les Provisions d'Oxford (1258), qui limitent sérieusement son pouvoir.

À partir de 1295, des bourgeois et des chevaliers élus commencent à se joindre aux barons. Dès 1305, le Parlement, comme on nomme désormais cette assemblée, compte 74 chevaliers et 200 bourgeois à côté de 104 barons et 95 prélats. Les nobles et les non-nobles siègent dans des salles séparées : ce sont la Chambre des Lords et la Chambre des Communes, qui forment un tout.

Par la suite, aucun roi d'Angleterre ne peut plus se passer du Parlement, qui joue un rôle de plus en plus essentiel dans l'histoire du royaume. À plusieurs reprises, le Parlement oblige le roi à se séparer de favoris impopulaires, allant même jusqu'à les condamner à mort (1388, le « Parlement sans merci »). La déposition de Richard II en 1399 consacre la puissance du Parlement, qui impose de sévères restrictions au pouvoir du nouveau roi Henry IV.

Plus tard, sous le règne des énergiques Tudors, le Parlement se trouve ramené à un rôle plus modeste. Mais il garde le pouvoir exclusif de voter les impôts, qui constituent la part la plus importante du budget du royaume. C'est dire qu'aucun roi ne peut se permettre d'affronter ouvertement le Parlement. Même l'autoritaire Henry VIII (1509-1547), qui obtient sans peine de ses Parlements la rupture avec Rome et la proclamation de la suprématie royale sur l'Église d'Angleterre, doit négocier au plus serré pour le vote des crédits. Quant à Élisabeth Ire (1558-1603), si elle maintient avec fermeté sa « prérogative » en matière de politique étrangère, elle ne peut éviter de céder sur de nombreux points concernant la politique intérieure.

À partir de l'avènement des Stuarts en la personne de Jacques VI d'Écosse devenu Jacques Ier d'Angleterre en 1603, la question des pouvoirs respectifs du roi et du Parlement se pose ouvertement.
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