LE CHIEN QUI LOUCHE

Le chien qui louche

Étienne Davodeau

Futuropolis

  • 18 septembre 2015

    bande dessinée

    Enfin, cette BD croise ma route, il ne faut donc jamais désespérer.

    De l’auteur, j’avais beaucoup aimé Les ignorants. Ici encore, j’ai retrouvé l’atmosphère si particulière qu’il sait créer à chaque BD.

    Certes, le fil conducteur du scénario, à savoir le fameux tableau du Chien qui louche (très drôle) est intéressant, mais ce que j’ai vraiment apprécié, c’est le silence qui règne dans ces pages, au milieu du Musée et de ses oeuvres.

    J’ai aimé, également, cette confrérie des amoureux du Louvre pour des raisons parfois loufoques, parfois tristes.

    Un auteur qui devient un incontournable pour moi dorénavant.

    L’image que je retiendrai :

    Celle des yeux du chien qui se croisent qui m’ont fait rire.

    https://alexmotamots.wordpress.com/2015/09/09/le-chien-qui-louche-etienne-davodeau


  • 26 novembre 2013

    Chronique

    A l’ouverture du nouvel album d’Étienne Davodeau, on quitte l’esplanade du Louvre dans un mouvement contraire à celui que laissait présager le sujet. Afin de mieux nous faire entrer dans le plus grand musée du monde, l’auteur prend le parti d’abord de nous en éloigner.
    La pyramide de verre et la cour Napoléon s’effacent à travers les vitres d’un bus et Fabien, le personnage principal de cette histoire, rejoint sa bien-aimée à la gare.
    Il est agent d’accueil et de surveillance au musée et va rendre visite à la famille de sa belle. Les présentations sont sympathiques mais un peu brutales, dépouillées des formules de politesse habituelles ou d’une certaine gêne;

    Un des trois frangins de Mathilde, femme indépendante et généreuse qui n’est pas sans rappeler Lulu, s’exclame : « Voilà le gars qui se tape ma sœur ! », ce à quoi Fabien répond : « Heu… oui, l’inverse est vrai aussi… ».

    Le père et les fils sont bougons et tatillons quand il s’agit d’aborder leur métier. Ils sont fiers d’avoir fait prospérer l’entreprise familiale des meubles Benion, « soixante ans de travail », et font visiter les lieux à Fabien mais souhaitent surtout lui confier une mission: faire entrer un tableau du grand-père au Louvre. Quand le chien qui louche est enfin dévoilé à la planche 17, on comprend mieux le regard effaré du personnage sur la couverture. C’est une croûte de Gustave Benion, peintre du dimanche, qui était conservée au grenier ; l’aventure s’annonce cocasse.

    En effet, cette requête étrange va mettre Fabien dans l’embarras et bouleverser sa vie bien réglée de gardien. Toutefois, il sera aidé dans sa tâche par Monsieur Balouchi, un homme courtois et érudit qui connaît son Louvre sur le bout des doigts et s’attarde, contrairement aux touristes pressés, sur les détails émouvants des œuvres ou la main d’un enfant sur une vénus de marbre tronquée…

    Le dessinateur prend plaisir à capter les mouvements figés de ces statues et celles qui habitent la cour Puget se mettent, magie de la bande-dessinée, à parler avec le ton familier et grossier des frangins.

    Cette galerie de personnages braillards et sympathiques va d’ailleurs s’étoffer d’autres plus fantasques encore ; les membres de la République du Louvre, une « confrérie discrète » dont on aimerait bien faire partie ; tous ont un rapport particulier au Louvre, certains y font l’amour et d’autres rêvent de traverser les salles en Suzuki RMX450Z…

    Le talent de conteur de Davodeau fait merveille dans cet album: il bouscule les clichés comme ses personnages bousculent les règles de l’espace muséal; le lieu est animé et chacun y trouve son bonheur: les frangins de Mathilde s’arrêtent ébahis devant les meubles de l’entreprise Jacob Frères, fils du célèbre menuisier-ébéniste George Jacob; monsieur Balouchi s’oublie au milieu des femmes de pierre et le vieux Benion voit « sans déconner » la croûte de son ancêtre entrer au Louvre !

    Pour nous le bonheur a été de lire cet album rythmé et jouissif qui donne envie de retourner au Louvre, dans ces salles où il y a tant à découvrir.